[Tribune] Laurent Maurer évoque la fracture numérique au sein des entreprises

Le numérique a durablement transformé notre société. Aujourd’hui, 9 Français sur 10 disposent d’un appareil (smartphones, tablettes ou ordinateurs) permettant de se connecter à Internet. Face à cette prédominance de l’outil numérique dans la société et la dépendance qui en découle, 13 millions de personnes demeurent en difficulté avec son utilisation. On parle alors d’illectronisme ou d’illettrisme numérique, phénomène se caractérisant par une situation dans laquelle un adulte ne maitrise pas les outils numériques usuels permettant d’accéder aux informations, de les traiter et d’agir en autonomie dans la vie courante. Véritable handicap dans notre société moderne, l’illectronisme touche tous les secteurs mais aussi toutes les catégories sociales et classes d’âge. Même les personnes de moins de 35 ans, souvent considérées comme les « digital natives », sont concernées par cette situation.

Les conséquences de l’illectronisme

Les conséquences de l’illectronisme peuvent être extrêmement handicapantes : perte d’autonomie et de confiance en soi, sentiment d’échec, isolement, ainsi qu’une exposition à des risques en termes de cybersécurité. Cela représente un véritable problème dans une société qui dématérialise de plus en plus ses services publics et privés.

L’importance des compétences numériques

Plus que jamais, la maîtrise des outils numériques constitue à présent une compétence-clé sur le marché de l’emploi. Selon le rapport de France Stratégie, 75% des emplois exigent de maitriser les compétences numériques de base et la formation revêt à ce titre un caractère essentiel. Dès 1987, le paradoxe de Solow démontrait que les entreprises américaines ayant acquis des ordinateurs n’avaient pas augmenté leur productivité autant qu’elles l’avaient espéré. On en conclut que, même avec l’outil le plus performant du marché, les résultats ne suivront pas sans la compétence nécessaire à son utilisation.

Ce paradoxe est plus que jamais d’actualité depuis que la course galopante à l’innovation, observée ces dernières années, nous a amené à un tel niveau d’avancement technologique, qu’il devient de plus en plus difficile d’utiliser les nouveaux outils numériques sans un minimum de connaissance. Or dans le même temps, l’investissement dans la formation n’a pas suivi la même trajectoire inflationniste, rendant l’accès au numérique toujours plus élitiste et creusant d’autant plus les inégalités. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui nous voyons émerger une véritable tendance, qui voit de plus en plus de français chercher à monter en compétences en se formant par leur propre moyen. Le succès des formations numériques via le nouveau CPF en est une parfaite illustration.

Notre constatation

En tant que dirigeant d’une société qui accompagne les salariés d’entreprise à l’appropriation des outils numériques je n’ai pu que constater ce regain d’intérêt pour ces formations, notamment depuis la généralisation du télétravail dans de nombreuses entreprises. Aujourd’hui nous formons à distance plus de 50 000 apprenants, et nous sommes toujours surpris de la disparité des niveaux.

La fracture numérique s’accroit dans les entreprises et a même été renforcée par la généralisation du télétravail. Malgré le déploiement des outils collaboratif comme Zoom, Slack, ou Microsoft Teams, les collaborateurs se sentent parfois isolés. Il n’est maintenant plus possible de solliciter son voisin de bureau lorsque nous rencontrons une difficulté avec un logiciel, ou de profiter de la pause-café pour poser des questions. En outre, le nombre de nouveaux outils a fortement augmenté et les méthodes de travail ont dû évoluer. A présent, il faut utiliser les nouvelles fonctionnalités de coédition, de partage de documents, faire attention à qui on les partage, etc. Tout le monde n’a pas la même capacité à appréhender ces nouveaux outils et cela peut engendrer un isolement et une fracture au sein même de l’entreprise.

Nous sommes aussi convaincus que l’accompagnement des individus est fondamental et que celui-ci passera par plus de personnalisation pour s’adapter au niveau de chacun. L’individu n’étant pas une machine, il est essentiel pour chacun d’échanger sur ses difficultés et d’observer ses progrès pour monter en compétence.

En résumé, la clé c’est la formation !

Laurent Maurer, CEO de Mandarine Academy