En France, 15,4 % des personnes de 15 ans et plus sont en situation d’illectronisme. Ce chiffre, publié par l’INSEE en 2023, représente environ 8 millions d’individus : des personnes qui peinent à utiliser un ordinateur, à remplir un formulaire en ligne ou à protéger leurs données personnelles.
La dématérialisation des services publics, des démarches de santé et de la vie professionnelle accélère le phénomène. Les personnes sans compétences numériques de base se retrouvent progressivement exclues de pans entiers de la société.
Cet article vous aide à comprendre ce qu’est l’illectronisme, qui il touche, quelles en sont les conséquences et comment agir concrètement en entreprise. Comprendre le problème est le premier pas pour mieux accompagner vos collaborateurs.
📌 Ce qu’il faut retenir
- L’illectronisme touche 15,4 % des Français de 15 ans et plus, soit environ 8 millions de personnes (INSEE, 2023).
- Trois profils concentrent les difficultés : les “Décalés” (équipés mais en retrait), les “Réfractaires” (désengagés) et les “Déconnectés” (freinés par l’accès).
- Les seniors sont les plus exposés : 61,9 % des plus de 75 ans sont concernés, contre 2,4 % des 15-24 ans.
- La protection de la vie privée est le domaine numérique le moins maîtrisé, ce qui représente un risque direct de cybersécurité pour les entreprises.
- Les entreprises disposent de trois leviers concrets : accès aux équipements, formation adaptée au niveau de départ, accompagnement patient des réfractaires.
L’illectronisme désigne l’incapacité d’un adulte à utiliser les outils numériques pour accéder à l’information, la traiter et agir en autonomie dans son quotidien. Le terme est un néologisme né de la contraction de “illettrisme” et “électronique”, apparu dans le vocabulaire français au cours des années 2010.
Une personne en situation d’illectronisme est qualifiée d’illectroniste. Ce mot fonctionne à la fois comme adjectif et comme nom : on peut parler d’un collaborateur illectroniste ou tout simplement d’un illectroniste.
Plusieurs variantes orthographiques circulent sur les moteurs de recherche : ilectronisme, illetronisme, illectronique. Aucune de ces formes n’est correcte. La seule orthographe validée est illectronisme. En anglais, le concept le plus proche est “digital illiteracy”, que l’on traduit aussi par littératie numérique, ou plutôt par son absence.
Ces termes prêtent souvent à confusion. Le tableau ci-dessous clarifie les différences :
| Terme | Définition | Exemple concret |
|---|---|---|
| Illectronisme | Absence de compétences numériques de base pour agir en autonomie | Ne pas savoir envoyer un e-mail ou remplir un formulaire en ligne |
| Illettrisme | Difficulté à lire, écrire ou compter malgré une scolarisation | Ne pas pouvoir lire une notice ou rédiger un courrier |
| Fracture numérique | Inégalités d’accès et d’usage des technologies numériques (concept global) | Absence de couverture réseau en zone rurale, équipement inaccessible financièrement |
| Analphabète numérique | Synonyme d’illectroniste, moins usité en français | Personne n’ayant jamais utilisé un ordinateur ou Internet |
L’illectronisme est une composante spécifique de la fracture numérique, pas un synonyme. La fracture numérique englobe les questions d’accès (équipement, réseau), de compétences et d’usages. L’illectronisme se concentre sur l’absence de compétences.
Pour aller plus loin sur les solutions, notre article sur comment lutter contre l’illectronisme et la fracture numérique détaille les leviers d’action.
Les données les plus récentes proviennent de l’INSEE (étude publiée en juin 2023, portant sur l’année 2021). Elles permettent de dresser un portrait précis de la population concernée.
Taux global : 15,4 % des Français de 15 ans et plus sont en situation d’illectronisme, soit environ 8 millions de personnes. En parallèle, 28 % des internautes présentent des capacités numériques faibles : ils utilisent Internet mais manquent d’une à trois compétences de base. Par tranche d’âge : l’illectronisme chez les seniors est massif.
L’âge reste le premier facteur déterminant.
Par catégorie socio-professionnelle : 9 % des ouvriers sont en situation d’illectronisme, contre 2 % des cadres. L’écart reflète des inégalités d’exposition quotidienne aux outils numériques que beaucoup d’employeurs sous-estiment. Par niveau de diplôme : à âge équivalent, les non-diplômés sont 7 fois plus touchés que les personnes disposant d’un niveau Bac+3 ou plus. Par situation familiale : 30 % des personnes vivant seules et 20 % des couples sans enfant sont concernés, des profils souvent plus isolés socialement.
Eurostat identifie 5 domaines de compétences numériques essentiels :
La protection de la vie privée est le domaine le moins maîtrisé. Ce constat a des conséquences directes sur la cybersécurité des organisations : phishing, mots de passe trop faibles, données partagées par inadvertance.
L’institut CSA a identifié 5 profils-types de rapport au numérique. Parmi eux, 3 concernent des personnes rencontrant des difficultés réelles. Ces profils sont utiles pour orienter l’accompagnement plutôt que d’appliquer une réponse uniforme.
Les décalés sont souvent des personnes plus âgées, bien équipées : ordinateur, smartphone, connexion Internet à domicile. Ils utilisent Internet au quotidien pour des usages courants comme les e-mails ou la consultation d’actualités.
La difficulté apparaît dès que l’usage devient plus exigeant : créer un document, rejoindre une visioconférence, naviguer dans un espace administratif en ligne. Ce décalage avec leur entourage peut générer un sentiment d’isolement.
Ces personnes sont, dans la majorité des cas, demandeuses. Elles souhaitent progresser et accueillent favorablement les propositions de formation aux usages numériques. En entreprise, ce profil est le plus réceptif aux parcours d’apprentissage, à condition que les contenus partent de leur niveau réel.
Les réfractaires possèdent peu d’équipements et ne s’en servent quasiment pas. Internet ne les intéresse pas : leur vie s’organise sans. Les retraités sont surreprésentés dans cette catégorie.
Le risque principal : l’exclusion progressive. Les démarches administratives basculent massivement en 100 % numérique. Beaucoup ont déjà dû renoncer à une action parce qu’il fallait passer par Internet. Pour les non-retraités appartenant à ce profil, les conséquences professionnelles sont concrètes :
Malgré tout, 86 % d’entre eux ne souhaitent pas progresser. Leur accompagnement demande de la patience, de la pédagogie et des arguments concrets sur les bénéfices attendus. Pas de jugement, pas de pression : une approche centrée sur leurs besoins réels.
Les déconnectés possèdent en moyenne moins de 2 équipements. Ils n’ont pas de connexion Internet à domicile et accèdent au web uniquement via leur réseau mobile, chez des proches ou au travail.
Leur particularité mérite d’être soulignée : le problème n’est pas la compétence. 76 % d’entre eux trouvent les usages numériques plutôt faciles. C’est l’accès qui leur manque.
Deux facteurs aggravent leur situation :
En entreprise, ces collaborateurs ne peuvent pas suivre de formation en ligne, accéder aux outils RH internes ou participer à un e-learning depuis chez eux. La réponse adaptée à ce profil passe d’abord par l’accès aux équipements, pas par un programme de formation.
Pour ancrer ces profils dans des réalités tangibles, voici 4 scénarios courts. Chacun illustre une situation d’illectronisme rencontrée en contexte professionnel ou personnel.
Marc, 67 ans, retraité — profil “Décalé”
Marc possède un smartphone et un ordinateur portable. Il consulte ses e-mails chaque jour et suit l’actualité en ligne. Mais il ne sait pas créer un fichier PDF, utiliser Teams ni compléter sa déclaration d’impôt sur le site des finances publiques. Il aimerait apprendre, à condition qu’on lui explique sans jargon technique.
Sylvie, 58 ans, agent d’entretien — profil “Réfractaire”
Sylvie n’a jamais eu recours à Internet. Elle effectue ses démarches en mairie ou par téléphone. Sa caisse de retraite annonce une bascule en 100 % numérique. Elle ne comprend pas pourquoi tout devrait changer maintenant et se sent anxieuse face à cette transition.
Karim, 34 ans, cariste en logistique — profil “Déconnecté”
Karim utilise les réseaux sociaux depuis son téléphone, mais il n’a pas de connexion à domicile. Son employeur déploie une plateforme e-learning pour les formations obligatoires. Karim ne peut pas y accéder en dehors de ses heures de travail. Son problème n’est pas l’envie ni la compétence : c’est l’accès.
Nina, 45 ans, mère célibataire — profil intersectionnel
Nina vit en zone rurale avec deux enfants. Faibles revenus, pas d’ordinateur, mobile ancien avec couverture limitée. Elle ne peut pas compléter son CV en ligne, postuler sur les plateformes d’emploi ni répondre aux convocations numériques de France Travail. Plusieurs obstacles se cumulent : précarité économique, isolement géographique, absence d’équipement.
L’illectronisme ne se résume pas à un inconfort technologique. Ses conséquences sont concrètes, à l’échelle individuelle comme organisationnelle.
Les services publics sont désormais majoritairement dématérialisés :
Une personne en situation d’illectronisme se retrouve dans l’incapacité d’effectuer ces démarches, ou y parvient avec de grandes difficultés.
L’accès aux soins est aussi touché. La prise de rendez-vous médicaux, la téléconsultation et le suivi via Ameli supposent un minimum de compétences numériques. Les services bancaires en ligne ajoutent un obstacle supplémentaire. Au bout de la chaîne : un isolement social qui s’aggrave, une perte d’autonomie et un sentiment d’exclusion numérique croissant.
La recherche d’emploi se joue presque exclusivement en ligne. Sans adresse e-mail ni maîtrise des plateformes, l’illectronisme devient un véritable frein à l’accès au monde du travail.
Une fois en poste, le télétravail révèle les inégalités numériques au sein des équipes. Ceux qui ne maîtrisent pas Teams, SharePoint ou un ERP se retrouvent mis de côté, parfois sans même oser le dire. L’arrivée massive de l’IA dans les organisations va amplifier ce décalage : les collaborateurs sans culture numérique de base seront les premiers exposés aux reconversions imposées.
La protection de la vie privée reste le domaine le moins maîtrisé selon Eurostat. Cela se traduit par des risques bien réels pour les entreprises : clic sur un lien de phishing, mot de passe partagé, données sensibles mal gérées.
Pour les entreprises, l’illectronisme d’une partie des collaborateurs entraîne une perte de productivité mesurable. Les failles de sécurité se multiplient quand les bonnes pratiques ne sont pas intégrées.
Des tensions apparaissent entre profils numériques et profils non-numériques, fragilisant la cohésion des équipes. Les inégalités dans les usages du numérique au travail coexistent souvent avec des phénomènes d’hyperconnectivité : deux réalités opposées, deux réponses à construire.
Accompagner ses équipes vers l’autonomie numérique, c’est aussi renforcer la performance globale et l’engagement. C’est un enjeu de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) que les directions RH et IT ont tout intérêt à prendre au sérieux.
Lutter contre l’illectronisme en entreprise passe par des actions concrètes, adaptées au profil de chaque collaborateur. Une approche uniforme ne fonctionne pas : ce qui aide un “Décalé” ne sera pas pertinent pour un “Déconnecté”.
Pour les collaborateurs “déconnectés”, la priorité est l’accès, pas la formation. Voici trois pistes concrètes :
Cette démarche aide les collaborateurs en précarité et renforce l’engagement RSE de l’organisation.
La formation aux usages numériques reste le levier central pour monter en compétences. Encore faut-il qu’elle parte du niveau réel des apprenants et réponde à leurs besoins concrets.
Pour les personnes les plus en difficulté, commencer par du présentiel ou du distanciel accompagné par un formateur est rassurant. Par la suite, un accès autonome à des contenus sur une plateforme LMS permet de progresser à son rythme.
Des formats courts, des tutoriels pas à pas, des webconférences : l’apprentissage n’a pas besoin d’être chronophage pour être efficace. Le retour sur investissement est concret : un collaborateur mieux formé est plus autonome et génère moins de sollicitations au support IT.
À lire également : Comment les entreprises peuvent lutter contre l’illectronisme de leurs salariés.
Certains collaborateurs résistent à se former au numérique. Forcer ne fonctionne pas. Convaincre demande du temps et une méthode.
Voici les étapes clés d’un accompagnement efficace :
Les personnes hésitantes ont besoin de preuves tangibles : gains de temps concrets, autonomie retrouvée, confiance en soi renforcée. L’accompagnement humain, patient et attentif, fait toute la différence.
Pour approfondir le diagnostic avant de construire votre plan d’action, consultez notre analyse : quels problèmes et quels besoins face à l’illectronisme.
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Qu’est-ce que l’illectronisme ?
L’illectronisme désigne l’incapacité d’un adulte à utiliser les outils numériques pour accéder à l’information et agir en autonomie. C’est un néologisme formé à partir de “illettrisme” et “électronique”.
Quelle est la différence entre illectronisme et illettrisme ?
L’illectronisme porte sur les compétences numériques : savoir utiliser un ordinateur, naviguer sur Internet, protéger ses données. L’illettrisme concerne la lecture, l’écriture et le calcul. Les deux peuvent se cumuler chez une même personne.
Quel est le synonyme de l’illectronisme ?
On parle aussi d’illettrisme numérique ou d’analphabétisme numérique. Le terme “illectroniste” désigne la personne concernée, comme adjectif ou comme nom.
Quelle proportion de Français est en situation d’illectronisme ?
Selon l’INSEE (données 2023), 15,4 % des personnes de 15 ans et plus en France sont en situation d’illectronisme, soit environ 8 millions de personnes.
Qui est le plus touché par l’illectronisme ?
Les seniors sont les plus exposés : 61,9 % des plus de 75 ans sont concernés. Les ouvriers (9 %), les non-diplômés et les personnes à faibles revenus sont aussi surreprésentés.
Quelles sont les conséquences de l’illectronisme au quotidien ?
Difficultés d’accès aux services publics dématérialisés, aux soins en ligne, à la banque en ligne. Isolement social, perte d’autonomie et exclusion administrative progressive.
Comment l’illectronisme impacte-t-il les entreprises ?
Baisse de productivité, risques accrus de cybersécurité, inégalités internes entre profils numériques et non-numériques. Frein direct à la transformation digitale et à l’adoption des outils collaboratifs.
Comment lutter contre l’illectronisme en entreprise ?
Trois leviers : garantir l’accès aux équipements, proposer des formations aux usages numériques adaptées au niveau de chaque collaborateur et accompagner les réfractaires avec patience et méthode.
Quelle est la différence entre illectronisme et fracture numérique ?
La fracture numérique est un concept plus large qui englobe les inégalités d’accès (équipement, réseau), de compétences et d’usages. L’illectronisme en est une composante spécifique : l’absence de compétences numériques de base.
Qu’est-ce qu’une personne illectroniste ?
C’est une personne qui ne maîtrise pas les compétences numériques nécessaires pour agir en autonomie : envoyer un e-mail, remplir un formulaire en ligne, protéger ses données personnelles ou effectuer une recherche sur Internet.